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L’AVEC-COVID : Faut-il sauver les champions ou alimenter les viviers ?

Le gouvernement fédéral annoncera le 23 septembre sa stratégie de relance et le gouvernement du Québec s’apprête à faire de même très bientôt.

Dans de nombreux pays, la pandémie et la montée du protectionnisme ont remis à l‘ordre du jour les politiques de développement industriel qui avaient été abandonnées avec la montée de la globalisation des dernières décennies. L’achat local, la fabrication locale, la réduction de la dépendance extérieure, le rapatriement des entreprises et l’aide aux champions locaux et nationaux sont des thèmes que l’on retrouve dans le discours de presque tous les leaders politiques à l’échelle mondiale.

Le retour à de telles approches est tout à fait compréhensible compte tenu des effets extrêmement inégalitaires que la récente vague de globalisation a provoqués et que la révolution numérique couplée à la pandémie accentue tous les jours. Ces mêmes leaders politiques sont sous pression pour relancer rapidement leurs économies alors qu’ils reçoivent quotidiennement des demandes d’aide de plusieurs secteurs. Leurs défis sont immenses et complexes car les gouvernements sont extrêmement plus endettés, l’économie mondiale subit des fortes pressions déflationnistes et la planète tout entière fait face à l’urgence écologique ; c’est dans ce contexte que la boite à outils de la politique de développement industriel revient en force.

Or le développement industriel et la croissance économique qui en résulte prennent du temps et ne suivent pas des trajectoires facilement prévisibles. En fait, c’est seulement après coup que l’on peut identifier le chemin parcouru. Par exemple, la transformation qu’a connue la ville de Québec depuis trente ans est phénoménale. Les premiers projets en optique ont été lancés dans les années 80. La capitale nationale et sa région comptent aujourd’hui un vivier important de diplômés de haut niveau qui œuvrent, avec leurs centres de recherche et leurs entreprises en croissance, dans des secteurs d’avenir, dont loptique et la photonique mais aussi le biomédical et les technologies de linformation.

Sur la même période, la grande région de Montréal a également abrité dans ses universités des chercheurs de haut calibre en mathématiques, en recherche opérationnelle et génie informatique. Ce qui explique qu’elle s’est vue rapidement reconnaître un rôle de leader mondial dans le domaine de l’intelligence artificielle. On pourrait nommer plusieurs autres secteurs et plusieurs autres régions du monde qui ont pris des décennies à bâtir les conditions de leur « succès instantané ».

Ce constat sur la durée ainsi que les études sur les politiques gouvernementales  de développement industriel établissent également que ce long chemin parcouru se fait « dans et par » des écosystèmes sectoriels et régionaux qui se sont appuyés sur des infrastructures publiques de toutes sortes ; dans ces écosystèmes, les entreprises naissent et croissent, mais certaines disparaissent ; certaines  deviennent plus grandes et même très grandes, alors que d’autres sont acquises par des plus grandes ou disparaissent en raison de ruptures économiques, financières ou technologiques qui scellent leur destin.[1]

 


[1] Rapports Bourgogne de Henri-Paul Rousseau à ce sujet :

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