29 septembre 2026

Il faut plus que des incitatifs monétaires pour attirer les médecins en région

On apprenait dans les médias que les 3000 citoyens de Percé ont perdu le seul médecin de famille de leur CLSC. Ne pas avoir accès à des soins appropriés en temps opportun peut engendrer des problèmes de santé sévères, en particulier chez les personnes vulnérables.

Des travaux menés au CIRANO fournissent des clés pour mieux comprendre l’enjeu criant de l’attraction et la rétention des médecins en région. Les auteurs ont eu accès à des données inédites qui retracent les épisodes successifs de pratique de tous les nouveaux médecins de famille ayant commencé à exercer au Québec entre 1975 et 2024.

Qu’a fait Québec pour s’attaquer au problème ?

Diverses mesures incitatives et coercitives ont été mises en place à partir de 1975.

On pense à la politique de rémunération différente selon la région de pratique pour les trois premières années d’exercice des nouveaux médecins. Par exemple, une omnipraticienne qui exerce à Rimouski reçoit 120 % des honoraires de base de l’assurance-maladie si elle travaille en établissement. La même omnipraticienne qui exerce à Montréal, Québec ou Sherbrooke, reçoit les honoraires de base.

Selon les Plans régionaux d’effectifs médicaux (PREM), tout nouvel omnipraticien qui veut s’installer dans une région de pratique doit obtenir un avis de conformité du département régional où il veut s’installer sous peine d’une pénalité très sévère, par exemple une réduction de 30 % de la rémunération en région universitaire. Les PREM ont été rendus plus contraignants en 2015.

Les résultats de l’étude CIRANO ?

Ces mesures ont permis d’attirer plus de médecins de famille en région. Mais il ne suffit pas de les attirer. Il faut aussi les retenir.

La rémunération différente apparait systématiquement associée à une durée de séjour plus longue dans les régions éloignées ou isolées, tandis que les PREM sont associés à une moindre fréquence de certains déplacements vers les régions les plus attractives.

Les politiques québécoises ont donc contribué à améliorer la rétention dans les régions éloignées ou isolées au cours des dernières décennies, mais le problème demeure loin d’être résolu.

Dans les régions universitaires ou périphériques, la moitié des médecins auront quitté leur région après 23 ans. Cette période est de 16 ans dans les régions intermédiaires, comme le Saguenay–Lac-Saint-Jean, et seulement 6 ans dans les régions éloignées comme la Gaspésie.

Quelles leçons les auteurs tirent-ils de leurs analyses ?

Les politiques pour attirer et garder les médecins en région ne doivent pas se limiter aux incitatifs monétaires. Elles doivent aussi viser les conditions de pratique, le soutien professionnel ainsi que le développement d’un environnement communautaire favorable.

La présence durable de médecins de famille en région conditionne l’accès aux soins de première ligne, la continuité des services et la réduction des inégalités de santé.

Lire le rapport CIRANO