Les modalités associées à l'enchère à enveloppe fermée de premier prix et utilisées jusqu'à maintenant par le Bureau de mise en marché du bois (BMMB) ont été testées expérimentalement par Rondeau, Doyon et Courty (RDC) en 2012. Leurs résultats révèlent l'importance du prix de départ sur les mises. Ils notent des tentatives de collusion, bien que ces dernières aient un faible taux de succès en général et soient moins fréquentes en présence de possibilité de formation de consortium. Cette dernière possibilité avait également un impact positif sur l'efficacité allocative du marché.

L'expérience acquise par le BMMB au cours des deux dernières années a permis de dégager certaines tendances et de tirer les constats suivants :

. Le nombre moyen d'enchérisseurs est très variable d'une région du Québec à l'autre. Ceci soulève des questions quant à l'incitatif des participants à dévoiler leur vraie valeur dans les territoires avec peu de compétition; . Les entreprises qui sont à toute fin unique seules sur leur territoire misent tout juste au-dessus du prix de départ (prix estimé), afin de respecter la règle des trois mises. Il peut donc s'agir d'une mise stratégique, qui par définition, ne correspond pas à une révélation de la valeur.

Puisque le résultat des enchères est une variable importante pour la détermination du prix de la matière ligneuse en forêt publique qui n'est pas transigée par enchère (environ 80 % du volume en forêt publique), la révélation des valeurs devient un élément de première importance. Dans ce contexte, il est suggéré d'explorer certaines variantes d'enchères afin de vérifier si la révélation de valeur est améliorée, tout en prenant en considération des paramètres tels que le profit de l'acheteur, le revenu du vendeur et l'efficacité économique.

Dans le prochain rapport, nous nous attarderons davantage à la problématique d'obtenir la révélation de valeur en situation d'acheteur unique. Nous explorerons également des solutions permettant de réduire ou d'éliminer le comportement potentiel de mise stratégique d'un tel acheteur lorsque ce dernier peut miser sur plus d'un lot.

Dans le présent rapport, nous testons empiriquement à l'aide de l'économie expérimentale une variante des enchères de premier prix précédemment utilisées par RDC. Plus spécifiquement, la notion de prix de départ est éliminée et du fait la règle de deux mises. Cette variante [T5] est comparée à certains des traitements de RDC (2012), soit [T1] et [T3] ainsi qu'à un traitement d'enchère de deuxième prix [T6] réalisé dans les mêmes conditions que le traitement [T5].

L'élimination du prix de départ divulgué de 86 Écus des traitements T1 et T3 est donc remplacée par un prix de réserve non divulgué provenant d'une distribution [0,160]. Le prix de réserve peut donc atteindre 160 Écus, soit la valeur maximale d'un lot. Ce prix de réserve peut être vu comme étant l'équivalent d'une mise ayant de fortes probabilités d'être compétitive. Les attentes sont donc que les stratégies collusives telles que la division du marché entre acheteurs qui résultent en de faibles mises deviennent alors difficiles. En effet, une telle stratégie se heurterait souvent à un prix de réserve trop élevé, prévenant du coup la vente du lot à bas prix. La menace d'un prix de réserve élevé devrait donc pousser les mises à la hausse.

La comparaison de T5, T6 et T1 avec T3 confirme que le comportement stratégique observé en T3 (nombre élevé de mises de 2 Écus) était directement lié à la règle des deux mises. Cette première lecture (analyse) semble donc indiquer que l'introduction d'une mise aléatoire sous forme d'un prix de réserve susceptible de rivaliser avec les mises des participants (implique l'absence d'un prix de départ et de la règle de deux mises) a pour effet de limiter la capacité des participants à adopter des stratégies de collusion. Le résultat se traduit par une légère augmentation statistiquement significative des mises en enchères premier prix (T5). La comparaison des traitements T5 et T6 permet de constater qu'en toutes circonstances les mises obtenues avec une enchère de 2es prix [T6] sont statistiquement supérieures à celles obtenues avec l'enchère de 1er prix [T5].

L'observation des mises en relation avec leurs valeurs nous permet de constater que 19 % des mises excèdent leur valeur dans l'enchère de 2e prix [T6]. Cette stratégie sous-optimale est documentée dans la littérature. Dans notre expérimentation, cette stratégie erronée est d'autant plus présente que la fréquence à laquelle des mises trop élevées causent des pertes est faible. Dans un contexte de transactions ayant un impact économique significatif de la part d'entreprises disposant de ressources professionnelles, il est peu probable qu'un comportement de mises supérieures à leurs valeurs puisse perdurer. Néanmoins, afin de prendre en considération ce problème, différentes stratégies de correction et de normalisation des données sont utilisées.

De l'observation des mises en relation avec leurs valeurs, nous concluons que la réactivité des acheteurs à des changements dans leur valeur est plus importante en T5 et T6 (soit en l'absence combinée de prix de départ et de la règle de deux mises) qu'en T1 et T3.

Nous constatons également qu'en toutes circonstances, l'utilisation d'une enchère de deuxième prix [T6] génère des mises plus élevées qu'une enchère de premier prix [T5]. Lorsque l'analyse s'attarde aux mises gagnantes, nos analyses confirment que l'absence de prix de départ combinée à l'absence de la règle de deux mises augmente le pourcentage de la valeur qui est misée. La marge de profit des acheteurs est plus faible en T5 relativement aux autres traitements utilisant une enchère de 1er prix, tel que T1 et T3. Ce constat est le corollaire de la conclusion que l'absence de prix de départ combinée à l'absence de la règle de deux mises augmente le pourcentage de la valeur qui est misée. En effet, puisque le gagnant paie sa mise, si ce dernier mise une plus forte proportion de sa valeur, sa marge de profit sera nécessairement réduite.

Au contraire, l'enchère de 2e prix [T6] génère les marges de profits les plus élevées, et ce, malgré des mises qui reflètent encore plus fidèlement les valeurs des lots. Ceci est le reflet du mécanisme de 2e prix où le prix payé par l'acheteur n'est pas sa mise, mais la deuxième mise la plus élevée. Concernant le revenu du vendeur, ce dernier est moindre pour les traitements T5 et T6 que pour les traitements T1 et T3, principalement à cause d'un plus faible nombre de transactions. Ceci s'explique du fait que le prix de réserve aléatoire dans les traitements T5 et T6 peut atteindre des valeurs nettement plus élevées (160 Écus) que pour les traitements précédents T1 et T3 (60 Écus). Le revenu en T6 est plus élevé qu'en T5, puisque la stratégie de miser sa valeur permet un plus grand nombre de transactions (plus grande probabilité que le prix misé soit supérieur au prix de réserve aléatoire). L'efficacité économique du traitement avec enchère de 2e prix [T6] est significativement supérieure à celle du traitement avec enchère de 1er prix [T5]. Bien qu'il soit difficile de comparer le niveau d'efficacité entre les traitements T5 et T6 et les traitements T1 et T3, de par les importantes différences du prix de réserve entre ces séries de traitements, des comparaisons ajustées nous permettent de conclure qu'en moyenne l'efficacité économique d'enchères qui utilisent un prix de réserve aléatoire pouvant être élevé est réduite. Dans tous les cas, nous parlons d'efficacité économique par enchère, et non d'efficacité économique globale sur une période de temps. S'il est possible de remettre les lots invendus aux enchères rapidement (fréquence des enchères) et si les frais de transactions sont minimaux, les potentielles conséquences négatives sur les revenus gouvernementaux et sur l'efficacité globale du marché pourraient être grandement amoindries.

Un arbitrage existe entre l'utilisation d'un prix de réserve aléatoire comme incitatifs visant à obtenir des mises qui reflètent plus fidèlement la valeur marchande des lots et les niveaux de revenus gouvernementaux et l'efficacité économique des enchères. Il est cependant important de comprendre qu'il est possible de moduler la provenance des prix de réserve (mise) aléatoires de façon à conserver l'effet positif sur la révélation de valeur, mais en supprimant une partie des effets néfastes sur les revenus et l'efficacité. Il pourrait être plus simple d'augmenter la fréquence des enchères afin de réduire ces impacts négatifs, mais dans un contexte où les coûts de transaction pour le gouvernement et plus particulièrement pour les entreprises pourraient être élevés, cette conclusion serait modifiée. Il est également possible que d'augmenter le nombre d'enchères (fréquence) incite les vendeurs à réduire leurs mises, ces derniers pouvant alors s'approvisionner lors des enchères ou les prix de réserves aléatoires seront avantageux.

Si nous acceptons l'hypothèse plausible que des entreprises disposant de ressources professionnelles qui misent sur des lots affectant significativement leurs coûts de production ne déposeraient pas des mises supérieures aux valeurs des lots, alors l'enchère de 2e prix [T6] est globalement supérieure à l'enchère de 1er prix [T5]. Cependant, celles-ci sont moins performantes que les enchères de 1er prix sous les anciennes règles d'enchère [T1 et T5] pour ce qui est du revenu du vendeur et de l'efficacité économique. De la perspective du choix de mode d'enchère, l'arbitrage qui existe entre la révélation de la valeur, les revenus et l'efficacité nécessite d'une part un travail additionnel de raffinement quant à la distribution des prix de réserve, mais requiert également que le vendeur détermine l'importance qu'il attribue à chacun de ces critères de performance

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