L’énergie est essentielle au quotidien et sa disponibilité influence directement notre mode de vie. Par conséquent
elle est au coeur d’un large éventail d’activités de l’état : réglementation, taxation, développement économique,
enjeux politiques, etc. À cette liste s’est ajoutée depuis la fin du XXe siècle la question environnementale.
Maintenant que le lien entre climat et consommation d’énergies fossiles est établi1 et qu’il semble au coeur des
préoccupations des Québécois, il est nécessaire de se questionner sur notre avenir énergétique.
Une des parties prenantes essentielle à la réflexion est la population. Pour qu’elle joue un rôle actif et contribue
positivement au dialogue, il est nécessaire qu’elle possède un niveau de connaissance adéquat des enjeux
énergétiques. Dans ce contexte, une enquête a été menée par Internet du 16 au 20 avril 2015, auprès d’un
échantillon de 1010 répondants, représentatifs de la population du Québec. Le questionnaire de cette enquête,
élaboré conjointement par le CIRANO et l’IET, cherche à évaluer les connaissances des Québécois2 des enjeux
énergétiques et à sonder leurs perceptions sur différents thèmes en lien avec ces enjeux :
• La connaissance des Québécois de la situation énergétique du Québec;
• La perception des Québécois concernant les changements climatiques;
• Les préférences des Québécois à l’échelle sociétale et leur disposition à payer;
• Les comportements et habitudes des Québécois à l’échelle individuelle.
Les premiers résultats tirés de l’enquête montrent que seulement 11% des Québécois pensent avoir un « grand »
ou « très grand » niveau de connaissance de la situation énergétique du Québec. Les justificatifs invoqués sont
le manque de temps ou d’intérêt, ne se sentant pas concerné par ces questions, mais surtout la complexité de
l’information sur le sujet et sa difficulté d’accès. Celle consultée est souvent qualifiée de floue, incomplète, voire
biaisée par intérêt des sources (lobbys, gouvernements, corporations, etc.) Il apparait que l’accès à l’information
influence le niveau de connaissance : les Québécois affichant les plus hauts niveaux de connaissance sur le
pétrole – ressource la mieux connue selon le sondage – sont aussi plus nombreux à consulter la presse (payante
ou gratuite) ou les publications du gouvernement provincial.
Certaines réponses confirment le niveau de connaissance limité. Par exemple, seulement 20 % des Québécois
savent que près de la moitié de l’énergie consommée au Québec provient de sources renouvelables. Il semble
d’ailleurs que la définition « d’énergie renouvelable » ne soit pas commune à tous puisque 25 % des
Québécois ont identifié le nucléaire comme une source renouvelable, de même que 17 % pour le pétrole, 13 %
pour le charbon et 27 % pour le gaz naturel. L’écart entre ce dernier résultat et le 12 % pour le gaz de schiste
– une source de gaz naturel – soulève une question : le niveau de connaissance d’une source d’énergie est-il
corrélé à sa couverture médiatique?
Sur les questions climatiques, les perceptions des Québécois sont en phase avec les conclusions du plus récent
rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)3. Les Québécois sont en
effet 84 % à constater une augmentation des catastrophes naturelle à l’échelle planétaire et 75 % à attribuer
cette augmentation au réchauffement climatique. Questionnés sur les origines de ce phénomène, 69 % des
Québécois n’ont aucun doute que le réchauffement climatique est lié à l’activité humaine. Cette opinion est
partagée par 77 % de ceux qui s’informent auprès d’associations spécialisées et 66% de ceux ne s’y informant
pas; il s’agit d’une majorité ferme de la population qui estime que le réchauffement climatique est lié à l’activité
humaine, même considérant de potentiels biais idéologiques. Reste à savoir maintenant comment ce constat
se transpose en volonté de changement et à quel coût.
La plus grande source d’énergie non renouvelable consommée au Québec, le pétrole, répond à 37 % de la
demande en énergie et est entièrement importé4. Bien qu’irremplaçable à court terme, les résultats de l’enquête
indiquent un souhait de réduire notre dépendance à l’importation. L’option choisie à 42 % est l’exploitation
éventuelle de notre propre sous-sol, devançant l’approvisionnement de l’Ouest (19 %) et de l’Est (14 %) du
Canada. Cette opinion doit être mise en perspective avec un résultat d’un précédent sondage5 montrant que
38 % des Québécois privilégient le recours aux énergies renouvelables à l’exploitation d’éventuelles sources
québécoises de pétrole.
Cette préférence se confirme dans la présente étude puisque parmi quatre mesures visant à limiter leur impact
sur l’environnement, l’investissement dans le développement des filières énergétiques renouvelables est la
mesure qui trouve la faveur des répondants. Elle est suivie par l’investissement dans la recherche sur l’efficacité
énergétique. Viennent ensuite les efforts de sensibilisation et promotion d’énergies alternatives, et finalement
l’amélioration de l’offre en transport en commun. Le fait de privilégier l’investissement dans les énergies
renouvelables et l’efficacité énergétique porte à croire que la population est consciente de l’importance
des changements à apporter et de l’ampleur des efforts à déployer. Mais est-elle prête à les accepter? A la
lumière des résultats, il semble que oui. Les Québécois se sont majoritairement dits en faveur des projets
liés aux énergies renouvelables, de même qu’ils se sont dits majoritairement contre la plupart des projets
liés aux énergies non-renouvelables. Les résultats montrent que le paramètre de proximité géographique
n’affecte pas l’ordre de préférence des projets, mais que tous les projets subissent une baisse significative de
leur pourcentage d’appui s’ils devaient être réalisés dans le voisinage des répondants. Ce constat vient illustrer
empiriquement le phénomène du «Pas dans ma cour » ou NIMBY (Not In My Backyard).
Les Québécois sont en faveur des énergies renouvelables, certes, mais leur disposition à en assumer les coûts
de développement semble faible, selon les résultats observés. En effet, seulement 12 % des Québécois
accepteraient de payer 50 $ de plus par mois sur leur facture d’électricité afin de soutenir le développement
des filières renouvelables. Cependant, le sondage montre que les Québécois présentent une sensibilité au prix.
Si le prix du litre d’essence atteignait 2 $ de façon durable, ils adapteraient leurs habitudes afin de moins en
consommer : changer de voiture pour une qui consomme moins (38 %) ou une électrique (24 %), covoiturer
(18 %), réduire les sorties (30 %) ou magasiner à proximité (27 %). De la même manière, une hausse du prix
de l’électricité de 50 % pousserait 76 % des gens à en limiter leur consommation.
Bien que la population reconnaisse la nécessité d’un changement d’habitudes de consommation d’énergie,
elle ne se perçoit pas comme actrice du changement. Les Québécois estiment avoir peu (45 %) ou pas
(15 %) d’influence sur la situation énergétique du Québec. Faut-il établir un lien avec leur faible volonté
à assumer des coûts additionnels? Ou est-ce qu’ils évaluent mal leur influence parce qu’ils ne se voient pas
liés aux secteurs grands consommateurs d’énergie (le transport et l’industrie)? Ils reconnaissent pourtant
que leur comportement influence moyennement (39 %) ou grandement (20 %) la consommation
totale d’énergie au Québec. Qu’est-ce qui les empêche de transposer ce sentiment d’influence à la situation
énergétique du Québec?
Un début de réponse à cette interrogation – et à plusieurs la précédant – est très certainement de donner
accès à plus d’information sur les enjeux énergétiques. C’est une condition essentielle à la qualité de la
participation citoyenne aux débats sociaux sur les questions d’énergie. Dans la foulée de cette enquête ainsi que
de la publication en février 2015 du livre blanc L’énergie au Québec et au Canada : un document pour engager
la conversation6, diverses initiatives seront entamées au CIRANO et à l’IET afin de promouvoir la sensibilisation
et la participation de la population en ce qui concerne les choix énergétiques du Québec.


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