Dans la littérature récente consacrée à l’évolution du secteur agricole, la coordination verticale suscite un grand intérêt, non pas parce que son existence vient d’être mise à jour, mais parce qu’elle tend à devenir de plus en plus « coordonnée ». La coordination par le marché au comptant est délaissée au profit d’une coordination plus étroite, c’est-à-dire une coordination qui se fait au moyen de contrats, d’alliances, de partenariats et d’intégration verticale. Le Québec n’échappe évidemment pas à ces dynamiques. Certains secteurs agricoles semblent d’ailleurs particulièrement concernés par les phénomènes de contractualisation et d’intégration verticale, notamment les secteurs du porc et des légumes de transformation. Qui plus est, ces secteurs montrent une grande diversité de modes de coordination, particulièrement de types de contrat, et leur expérience par rapport à ces phénomènes est très différente.

Le principal objectif de cette recherche est donc d’améliorer notre compréhension des phénomènes de contractualisation et d’intégration verticale en rassemblant des connaissances théoriques et empiriques qui nous permettent d’identifier les enjeux qui découlent d’une coordination plus étroite dans ces deux secteurs. Pour ce faire, nous avons dans un premier temps opéré une vaste revue de littérature sur la coordination verticale de ces secteurs aux États-Unis, au Canada et en Europe. Nous avons ensuite procédé à des entretiens avec des experts et des acteurs des secteurs visés, ainsi qu’à une enquête téléphonique auprès de producteurs. Au total, une quinzaine d’intervenants ont été rencontrés dans les deux secteurs et plus d’une quarantaine de producteurs ont été interrogés.  La dernière phase de la recherche a consisté en une analyse globale et une réflexion sur les enjeux que posent la contractualisation et l’intégration dans ces secteurs au Québec. Cette réflexion s'articule notamment sur l'efficacité de la coordination verticale dans chacun des deux secteurs, en tenant compte des caractéristiques qui leur sont spécifiques, dans une perspective d’amélioration de la compétitivité des filières.

Les principaux constats de notre étude sont que l’intégration et la contractualisation ont un impact différent selon que la production sous intégration ou contrat est l’activité agricole principale du producteur ou une production secondaire.


De la même façon, les conséquences de la contractualisation et de l’intégration seront différentes selon que la production contractualisée soit facilement remplaçable par une autre production ou pas. Dans le secteur des légumes de transformation, la présence de l’option grandes cultures crée plusieurs possibilités de sortie pour le producteur, ce qui réduit grandement sa dépendance face à son contractant. Il n’y a donc pas de problématiques soulevées par les experts et les acteurs qui ne soient si importantes qu'il faille apporter des modifications sensibles aux façons de faire. Toutefois, il faut noter que la dépendance unilatérale que subissent les transformateurs est contraire à ce que l'on observe généralement dans les filières agroalimentaires.

Dans le secteur porcin, et les productions animales en général, la conversion des actifs vers d’autres productions est plus coûteuse, ce qui rend le producteur beaucoup plus dépendant de sa relation avec son contractant, entrainant des enjeux très différents. La question sanitaire y a pris tellement d'importance au cours des dernières années qu'elle conditionne la structure de l'ensemble de la filière de production et des relations contractuelles qui en découlent. La coordination par intégration et contrat à forfait y est donc en croissance. Et contrairement à la filière des légumes de transformation, le lien de dépendance se trouve du côté des producteurs à forfait face à leurs contractants. De fait, les producteurs à forfait font face à un contexte de rareté d’options de sortie couplé à la présence d’actifs spécifiques, une double caractéristique qui conduit à la dépendance, qui est qualifiée d'unilatérale parce que l'intégrateur de son côté peut bénéficier de plus d'options de choix parmi les producteurs. Dans un tel contexte, des acteurs, surtout du côté du maillon de la production, s’interrogent sur l’équité de certains contrats et le manque général de transparence sur les pratiques contractuelles. De répondre à cette préoccupation représente une option à envisager pour les acteurs de la filière, que la question de l'équité perçue soit réelle ou pas, afin de réussir à maintenir un climat favorable au maintien de mécanismes de coordination verticale efficaces, dans un contexte où ils semblent incontournables.

Par ailleurs, la question de l'avenir de la production porcine indépendante n'est pas une question de choix d'un mode de coordination ou l'autre, il s'agirait davantage d'une question de contrôle sanitaire dans les élevages. L'avenir de la production porcine indépendante ne pourra être garanti que si des processus de coordination verticale efficaces s'y développent afin de permettre de contrôler ou à tout le moins de réduire la prévalence de risques sanitaires. De plus, la succession de crises, sanitaires ou de marché, qui a prévalu du milieu des années 2000 jusqu’à tout récemment, a contribué à fragiliser la situation financière de nombre de producteurs de porcs. Dans un tel contexte, la réduction de prise de risques (sur le coût des intrants et le prix du produit fini) et la diminution des besoins en fonds de roulement que permet l'intégration ont pu constituer pour plusieurs producteurs jusque-là indépendants un incitatif, voire une obligation pour certains, à recourir à ce mode de coordination verticale.

En conclusion, notre analyse ne conduit pas à envisager des options de grands bouleversements de la coordination verticale des deux filières analysées. Les acteurs de ces deux filières sont déjà bien au fait des contraintes auxquelles ils font face et de la nécessité d'y maintenir une coordination verticale efficace, voire améliorée, afin d'assurer un processus continu d'amélioration de leur compétitivité.

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