Dans cette étude, nous analysons les décisions de spécialisation des médecins à l'aide de données portant sur la presque totalité des médecins canadiens en exercice au Canada entre 1989 et 1998. Contrairement à la plupart des études existantes, nous utilisons une mesure du revenu potentiel des médecins, selon qu'ils soient généralistes ou spécialistes, qui est véritablement exogène afin d'estimer l'effet du revenu sur les choix de spécialisation. De plus, notre procédure d'estimation nous permet de tenir compte des effets non pécuniers liés à certaines spécialités médicales (prestige, recherche scientifique, etc.) qui pourraient être corrélés avec les salaires. Nos résultats montrent que les médecins réagissent de manière significative au revenu potentiel au moment de choisir une spécialité médicale. En particulier, nos simulations révèlent que les provinces seraient en mesure d'accroître la proportion de diplômés en médecine choisissant une spécialité chirurgicale si elles augmentaient les tarifs pour les actes chirurgicaux.

Malgré une croissance importante des budgets consacrés au système de santé, on entend toujours parler de listes d'attentes et de pénuries de médecins, qu'ils soient en pratique généraliste ou spécialiste. Par conséquent, mieux comprendre les déterminants des choix de spécialité des médecins est nécessaire si nous voulons, par l'entremise de politiques publiques, influencer ces choix. Certes les choix de spécialité pour les médecins sont des comportements qui peuvent être expliqués par plusieurs facteurs tels qu'institutionnels, individuels et également par la différence de revenu potentiel entre les spécialités. Cette question a fait l'objet de plusieurs études. On peut citer, à titre d'exemple, les travaux de Sloan (1970), Hadley (1975, 1977, 1979), Hay (1980, 1981), Hurley (1991) et Nicholson (2003). En revanche, les résultats de ces travaux sont probablement biaisés en raison de l'utilisation de revenu moyen pour la spécialité comme revenu potentiel pour le médecin lors de son choix de spécialité. Autrement dit, ces travaux considèrent que les médecins sont identiques en termes d'effort, de productivité et du nombre d'heures travaillées.

Dans la présente étude, nous cherchons à expliquer le choix de spécialité pour les médecins. Pour ce faire, nous avons considéré des données relatives à la majorité des médecins, et cela pour la période 1989-1998. Comme la rémunération dans le système canadien se fait à l'acte et puisque cette dernière ne varie pas entre les médecins de la même spécialité-province-année, elle représente la mesure idéale du revenu potentiel de la spécialité.

Il est à noter que pour certaines spécialités, des avantages en nature peuvent être attribués. De ce fait, le recours au revenu potentiel comme seul déterminant de la spécialisation peut générer des résultats biaisés. Pour palier à ce problème, nous avons développé un modèle à deux-étapes qui nous permet d'inclure et de contrôler des caractéristiques observables et non observables spécifiques au marché des médecins. La principale conclusion que nous tirons de cette analyse est que les médecins tiennent compte de la différence de revenu potentiel lorsqu'ils décident de se spécialiser. Les provinces pourraient donc, par exemple, augmenter le paiement des chirurgiens pour promouvoir cette spécialité.

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